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Publié initialement sur christnet.ch
Le service citoyen suscite des débats. Ses détracteurs mettent en garde contre la contrainte et la bureaucratie, tandis que ses partisans y voient une chance pour la cohésion sociale. Mais au-delà du débat politique, une question plus profonde se pose : comment une société moderne peut-elle répartir plus équitablement les responsabilités – et quel serait l'impact sur nous tous ?
Une nouvelle conception de la responsabilité
La Suisse vit de l'engagement de ses citoyens. D'innombrables tâches sont assumées par des bénévoles, des proches, des églises, des associations et des organisations sociales. Mais cet engagement repose sur les épaules d'une minorité. Beaucoup profitent d'une infrastructure de solidarité sans y participer eux-mêmes. Le service citoyen répartirait cette responsabilité de manière plus équitable et montrerait que le bien commun ne va pas de soi.
Les détracteurs craignent la contrainte, l'inefficacité ou la perte du véritable volontariat. Ces préoccupations méritent d'être entendues. Mais elles ne vont pas assez loin. Un service commun ne serait pas l'expression d'une méfiance à l'égard des citoyens, mais une reconnaissance de leur potentiel. Il ne mettrait pas les jeunes sous tutelle, mais leur ferait confiance pour assumer des responsabilités. La liberté ne diminue pas lorsqu'elle implique des responsabilités, elle gagne en profondeur.
La rencontre contre la polarisation
Un tel service pourrait avoir un effet salutaire sur la société. La dernière étude de Pro Futuris sur la polarisation montre à quel point les modes de vie en Suisse divergent. Les gens se rencontrent moins souvent en dehors de leur bulle sociale ou politique. Le Service Citoyen inverserait cette tendance. Lorsque des jeunes adultes de différentes régions et de différents horizons travaillent ensemble, ils vivent des expériences qui les rapprochent. L'action commune crée de la proximité là où la distance s'est accrue et de la compréhension là où règnent les préjugés. Ce n'est pas du romantisme, mais de la psychologie sociale : la confiance naît lorsque les gens apprennent à se connaître, et non dans les commentaires et les gros titres.
La responsabilité comme foi vécue
Du point de vue chrétien également, cette idée est familière. La foi parle de l'être humain comme d'un être relationnel, créé pour se soutenir les uns les autres. « Portez les fardeaux les uns des autres » (Galates 6,2) ne décrit pas une exigence morale excessive, mais une conception réaliste de la communauté. Personne ne peut ni ne doit tout porter seul. La solidarité n'est pas une faiblesse, mais l'expression de l'amour du prochain vécu. Le Service Citoyen pourrait contribuer à réinscrire plus fortement cette attitude dans la culture sociale.
Jésus a toujours établi des liens de proximité – avec les pauvres, les exclus, les étrangers. Son amour du prochain était concret. Il dépassait les frontières au lieu de les renforcer. Une démocratie moderne peut tirer des enseignements de cette attitude. Lorsque les jeunes découvrent ce que signifie l'entraide dans le cadre d'un service commun, la confiance s'installe – et la confiance comble les fossés que les débats politiques ne parviennent pas à combler.
Des expériences qui marquent
Un service citoyen de ce type aurait également pour effet de rapprocher les générations. Les jeunes travailleraient avec des personnes âgées qui ont besoin de leur aide. À l'inverse, les personnes âgées verraient que la génération suivante est prête à assumer des responsabilités. Cette expérience mutuelle de fiabilité peut combler le fossé entre les jeunes et les personnes âgées. Elle crée un respect réciproque, une attitude qui se perd de plus en plus dans le débat politique et social.
Aujourd'hui, de nombreux jeunes sont en quête de sens, d'appartenance et d'orientation. Un service à la communauté peut leur offrir de telles expériences. Il confronte à d'autres réalités de la vie, à des limites, mais aussi à la force de faire bouger les choses ensemble. Les personnes qui découvrent que leur engagement compte perçoivent leur pays, leurs concitoyens et elles-mêmes différemment. À long terme, cela peut façonner une nouvelle génération de citoyens qui considèrent la société non pas comme quelque chose que l'on consomme, mais comme quelque chose que l'on façonne.
Attentes réalistes, effet à long terme
Bien sûr, le Service Citoyen comporte des défis. Son organisation serait complexe, son financement exigeant. Il faut des conditions équitables, des tâches utiles et un bon accompagnement. Mais ceux qui ne voient que les difficultés négligent le véritable bénéfice. Une société dans laquelle les gens se rencontrent, se rendent service et partagent les responsabilités est moins vulnérable. Elle résiste mieux aux tensions, car elle sait ce qui la soude.
Au fond, le service citoyen repose sur une idée simple mais profonde : la communauté ne se construit pas avec des mots, mais avec des actes. Dans la perspective chrétienne, ce n'est pas un luxe politique, mais l'expression de la foi dans la vie quotidienne. Prendre des responsabilités, c'est donner forme à sa propre foi – dans les maisons de retraite, sur les chantiers, dans les écoles, dans les forêts. Cela signifie non pas affirmer la valeur de l'autre de manière théorique, mais la vivre concrètement.
À long terme, un tel service pourrait également transformer la culture démocratique. Lorsque les gens ont appris à partager les responsabilités, ils sont plus disposés à écouter, à négocier et à trouver des compromis. Cela protège du cynisme et de la résignation, des attitudes qui sapent les démocraties de l'intérieur. Ceux qui font l'expérience du soutien de la société perdent moins rapidement confiance en elle.
La confiance comme valeur d'avenir
Le service citoyen ne serait donc pas un projet moral, mais une forme concrète de solidarité vécue. Il rassemblerait des personnes qui n'auraient autrement guère de contacts entre elles et leur montrerait qu'elles dépendent les unes des autres. À une époque où la méfiance grandit et où beaucoup se replient sur eux-mêmes, cela pourrait faire toute la différence. Partager les responsabilités, c'est partager l'espoir – et c'est peut-être là que commence la guérison sociale.
Texte de l’initiative
Initiative populaire fédérale
« Pour une Suisse qui s’engage (initiative Service Citoyen) »
La Constitution 1 est modifiée comme suit :
Art. 59 Service au bénéfice de la collectivité et de l’environnement
1 Toute personne de nationalité suisse accomplit un service au bénéfice de la collectivité et de l’environnement.
2 Ce service s’accomplit sous la forme du service militaire ou d’un autre service de milice équivalent reconnu par la loi.
3 L’effectif réglementaire est garanti pour les services d’intervention en cas de crise, en particulier pour :
a. l’armée ;
b. la protection civile.
4 Les personnes qui n’accomplissent pas de service au bénéfice de la collectivité et de l’environnement alors qu’elles y sont tenues s’acquittent d’une taxe, sauf exceptions prévues par la loi. Cette taxe est perçue par la Confédération et fixée et levée par les cantons.
5 La loi définit si et dans quelle mesure un service au bénéfice de la collectivité et de l’environnement est accompli par des personnes qui n’ont pas la nationalité suisse.
6 La Confédération légifère sur l’octroi d’une juste compensation pour la perte de revenu.
7 Les personnes qui sont atteintes dans leur santé dans l’accomplissement de leur service ont droit, pour elles-mêmes ou pour leurs proches, à une aide appropriée de la Confédération ; si elles perdent la vie, leurs proches ont droit à une aide analogue.
Art. 61, al. 3 à 5
Abrogés
Art. 197, ch. 13 2
13. Disposition transitoire ad art. 59 (Service au bénéfice de la collectivité et de l’environnement)
L’Assemblée fédérale édicte les dispositions d’exécution de l’art. 59 cinq ans au plus tard après
son acceptation par le peuple et les cantons. Si les dispositions d’exécution n’entrent pas en
vigueur dans ce délai, le Conseil fédéral les édicte dans un délai de trois ans à compter de
l’expiration du délai précité.
Plus d'infos sur le site internet de l'initiative.